Verdict sourcé
Trompeur

« si je veux perdre du poids, je dois supprimer les féculents le midi et le soir »

Vroooz · alimentation

Non, supprimer les féculents midi et soir n'est pas nécessaire pour maigrir.

Les grandes études sérieuses montrent que baisser les glucides ne fait pas perdre plus, à calories égales.

Ce qui compte c'est l'ensemble de ton mode de vie, pas un aliment supprimé.

En détail

Qui le dit ?
L'allégation ne vient pas d'un chercheur identifié, c'est une croyance très répandue dans les régimes populaires et sur les réseaux, relayée par des coachs et des programmes minceur. En face, les sources solides ici sont d'une part la Haute Autorité de Santé française (institution publique, guide du parcours de soins surpoids et obésité de l'adulte, 2023 mis à jour en 2024), d'autre part des synthèses publiées dans des revues de nutrition reconnues comme Nutrients ou The Journal of Nutrition. La légitimité penche donc nettement du côté des institutions et pas du côté de la règle « zéro féculent midi et soir ».
Sur quelles preuves ?
Le meilleur niveau de preuve disponible ici est une synthèse de tous les essais randomisés comparant régimes très pauvres en glucides (cétogènes) et régimes plus riches en glucides, à apport calorique ou déficit calorique comparable : quand on égalise les calories, l'avantage des régimes pauvres en glucides sur le poids disparaît en grande partie. Un essai contrôlé chez des adolescents en obésité montre en plus que la satiété après un repas n'est pas modifiée par la proportion de glucides du repas, ce qui contredit l'idée que retirer les féculents couperait la faim. Attention à la nuance certitude contre taille d'effet : dans la vraie vie, beaucoup de gens perdent effectivement du poids en supprimant les féculents, mais l'effet observé est surtout dû à la baisse de calories et à l'eau perdue les premiers jours, pas à un pouvoir magique du glucide en moins ; l'écart réellement attribuable au type de régime est petit et pas durable. Aucune étude fournie ne teste précisément la règle « pas de féculents midi ET soir », donc on raisonne à partir du principe établi. Côté institutions, la HAS (grade convaincant) rappelle que la prise de poids est multifactorielle, alimentation globale, activité physique, sommeil, stress, facteurs psychologiques et génétiques, médicaments, environnement obésogène, qu'aucun aliment isolé ne fait grossir à lui seul, et qu'il faut manger de tout sans interdit, en privilégiant les fibres pour la satiété. Le contexte compte énormément : 150 g de lentilles ou de pain complet, riches en fibres, mastiqués, rassasient longtemps, alors qu'une grosse assiette de pâtes blanches noyées de sauce grasse ou un soda apportent beaucoup de calories vite absorbées, ce n'est pas la même chose même si on appelle ça « des glucides ». Une étude d'horaires de repas suggère par ailleurs que le corps dépense un peu plus d'énergie pour digérer le matin que le soir, mais c'est un mécanisme fin, mesuré en laboratoire, très loin de justifier une interdiction de féculents à deux repas sur trois.
Qui finance ?
Aucun financement n'est indiqué pour l'allégation elle-même, ce qui est logique puisqu'elle circule comme conseil populaire. Les études citées sont majoritairement académiques, l'une d'elles est soutenue par les Instituts nationaux de santé américains (financement public). À noter, la synthèse sur les régimes cétogènes conclut plutôt contre l'intérêt supplémentaire du très faible apport en glucides, une conclusion qui ne sert donc pas l'industrie très active des produits « low carb » et « keto », ce qui est plutôt un gage de crédibilité.
Qu'est-ce qu'on te vend ?
Ce type de règle simple sert très souvent de porte d'entrée commerciale : programmes minceur, rééquilibrages alimentaires payants, substituts de repas, produits « sans glucides », farines et pains protéinés, applications de suivi. Une consigne facile à retenir et vendable (« plus de pain le soir ») se monétise beaucoup mieux qu'un message institutionnel nuancé qui te dit de manger de tout en quantité adaptée et de bouger.
Quels intérêts derrière ?
L'intérêt principal derrière ce discours est la simplicité vendeuse : désigner un coupable unique rassure et donne l'impression de contrôler, alors que la réalité décrite par la HAS est multifactorielle et moins commerciale. Il existe aussi un intérêt culturel, la peur du pain et des pâtes est ancrée depuis des décennies de régimes à la mode. Rien n'indique ici de manipulation d'une marque précise, c'est surtout un raccourci qui prospère parce qu'il est facile à transmettre, et le risque concret pour toi est la frustration, les fringales et la reprise de poids quand tu réintroduis ces aliments.

Sources

Vérifie-le toi-même sur Vroooz