Verdict sourcé
Trompeur

« prendre un goûter fait prendre du poids »

Vroooz · alimentation

Non, un goûter ne fait pas grossir en soi.

C'est l'ensemble de ce que tu manges dans la journée qui compte.

Un goûter rassasiant peut même éviter de trop manger au dîner.

En détail

Qui le dit ?
Cette idée ne vient pas d'un chercheur identifié, c'est une croyance très répandue, relayée par des régimes populaires et parfois par des professionnels. Face à elle, on dispose d'une source institutionnelle solide : la Haute Autorité de Santé (France), qui publie le Guide du parcours de soins surpoids et obésité de l'adulte (janvier 2023, mis à jour février 2024). C'est une agence publique indépendante, dont les recommandations sont produites par des groupes d'experts et validées collégialement, pas un avis isolé.
Sur quelles preuves ?
La HAS, avec un niveau de confiance qualifié de convaincant, rappelle que la prise de poids est multifactorielle : alimentation dans son ensemble, activité physique, sommeil, stress, facteurs psychologiques et génétiques, médicaments, environnement dit obésogène. Aucun aliment ni aucune prise alimentaire isolée ne fait grossir à lui seul, et il n'y a pas d'interdit alimentaire. Les études remontées ici ne testent d'ailleurs pas l'allégation telle quelle : la plupart portent sur des populations ou des questions différentes (enfants en Grèce, femmes avec diabète gestationnel, adolescents, eau gazeuse au Japon), donc elles ne permettent pas de dire qu'un goûter en soi fait grossir. Un essai randomisé de 2025 (Nutrients) montre au contraire que remplacer les goûters habituels par des fruits à coque quotidiens réduit les envies de grignoter et améliore la qualité globale de l'alimentation chez de jeunes adultes à risque métabolique : ce n'est pas le goûter qui pose problème, c'est ce qu'il y a dedans. Le contexte compte beaucoup : un goûter avec des fibres et des protéines (fruit, yaourt, amandes, pain complet) cale durablement grâce à la mastication et aux fibres, alors qu'une boisson sucrée ou un biscuit industriel apporte des calories vite absorbées et rassasie peu. Aucun chiffre de risque chiffré n'est disponible ici pour traduire l'effet en nombre de personnes sur 100, et il serait trompeur d'en inventer un.
Qui finance ?
Les recommandations de la HAS sont produites par une autorité publique française financée par l'État, sans financement industriel direct sur ce guide. Concernant les études citées, l'essai sur les fruits à coque relève d'un domaine où les filières de production financent fréquemment la recherche, ce qui doit être gardé en tête sans que cela invalide automatiquement le résultat. Les informations de financement précises ne sont pas fournies dans les résumés disponibles ici.
Qu'est-ce qu'on te vend ?
L'idée que le goûter fait grossir sert surtout à vendre des solutions : programmes de perte de poids basés sur la suppression des prises alimentaires, coupe-faim, substituts de repas, applications de jeûne intermittent. À l'inverse, l'industrie des produits de goûter (biscuits, barres, boissons) a intérêt à banaliser un grignotage fréquent et sucré. Les deux discours simplifient à l'extrême.
Quels intérêts derrière ?
Derrière la peur du goûter, il y a une culture du contrôle alimentaire et de la culpabilité, qui pousse à se restreindre puis à compenser. Réduire la prise de poids à une seule habitude ignore le sommeil, le stress, la génétique, les médicaments et l'environnement, comme le souligne la HAS. Le vrai enjeu n'est pas de supprimer le goûter mais de regarder l'équilibre global et la qualité de ce qu'on mange, surtout chez les enfants et les ados pour qui le goûter est une prise alimentaire structurante.

Sources

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