Verdict sourcé
Trompeur

« les feculent font grossir »

Vroooz · alimentation

Non, les féculents ne font pas grossir à eux seuls.

Aucun aliment isolé ne fait grossir : c'est l'ensemble qui compte.

Mais la forme compte : pain complet et pâtes al dente rassasient plus que les produits ultra-transformés.

En détail

Qui le dit ?
Cette croyance ne vient pas d'une publication scientifique identifiée, elle circule surtout via les régimes populaires et les livres de méthode minceur, qui ont porté les régimes pauvres en glucides depuis des décennies. Face à ça, on a une position institutionnelle claire : la Haute Autorité de Santé (France), organisme public français de référence, a publié en 2023, mis à jour en 2024, un Guide du parcours de soins sur le surpoids et l'obésité de l'adulte. Sa légitimité sur ce sujet précis est directement établie, c'est son mandat. Les auteurs des études fournies ici publient dans des revues de nutrition reconnues (The Journal of Nutrition, Nutrients, Diabetes, Obesity), mais aucun ne teste l'idée que « les féculents font grossir » telle quelle.
Sur quelles preuves ?
La recommandation officielle la plus directe est celle de la HAS 2024, de grade convaincant : la prise de poids est multifactorielle (alimentation d'ensemble, activité physique, sommeil, stress, facteurs psychologiques et génétiques, médicaments, environnement obésogène) et aucun aliment isolé ne fait grossir à lui seul. Elle existe pour éviter que l'obésité, maladie chronique complexe, soit réduite à une question de volonté ou à un aliment coupable, et elle s'appuie sur les synthèses d'études internationales, en cohérence avec l'OMS. Les études fournies nuancent utilement : l'essai contrôlé CARBFUNC (193 personnes en situation d'obésité) et l'essai OmniCarb (59 adultes, alimentation entièrement fournie) ont comparé des régimes à teneur en glucides différente mais à calories égales, et n'ont pas montré qu'enlever les féculents fasse maigrir par magie, ils observent surtout des changements de marqueurs sanguins. Une revue systématique de 2026 sur les enfants et adolescents pointe elle les aliments ultra-transformés (denses en calories, pauvres en nutriments) comme associés à des marqueurs d'inflammation et de dérèglement métabolique, ce qui est une association observée et non une preuve de cause à effet. Sur la certitude et la taille d'effet : le principe multifactoriel est solidement établi, alors que l'effet propre des glucides à calories égales apparaît faible et peu constant. Enfin, le contexte de consommation change tout, un essai contrôlé de 2026 sur la pomme de terre montre que la texture et la cuisson modifient la réponse du sucre dans le sang : une pomme de terre ferme, qu'on doit mastiquer, ne se comporte pas comme une purée industrielle, et des pâtes al dente ou du pain complet, riches en fibres, rassasient plus longtemps qu'un biscuit ou des céréales sucrées à quantité de calories comparable. Aucun risque relatif chiffré n'est exploitable ici pour une traduction sur 100 personnes.
Qui finance ?
Les études fournies ne détaillent pas leurs financements dans les résumés disponibles, donc on ne peut rien affirmer là-dessus. Le guide de la HAS est un travail d'agence publique française, sans financement commercial. À noter, l'essai CARBFUNC et l'essai OmniCarb sont des travaux académiques : leurs conclusions, qui ne valident pas l'idée qu'il suffirait de couper les glucides, ne servent l'intérêt commercial d'aucun industriel du régime.
Qu'est-ce qu'on te vend ?
Le discours « les féculents font grossir » est un pilier commercial du marché minceur : régimes pauvres en glucides, substituts de repas, produits « sans sucres », coachings et applications payantes. Diaboliser une famille d'aliments courante et bon marché crée un besoin, celui d'un produit ou d'une méthode pour la remplacer. À l'inverse, personne ne vend de riz ou de pommes de terre à prix fort.
Quels intérêts derrière ?
Il y a un intérêt économique évident du côté de l'industrie des régimes et des compléments. Mais il y a aussi un intérêt symbolique : une explication simple et une famille d'aliments coupable, c'est plus vendeur qu'un message honnête sur un phénomène à causes multiples. Cette simplification est trompeuse selon la HAS, et elle a un coût réel, la culpabilisation des personnes concernées et l'exclusion inutile d'aliments peu chers et rassasiants. Aucune accusation ici envers une marque ou une personne, juste le constat de ce que la structure du marché encourage.

Sources

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