Verdict sourcé
Trompeur
« Le nutriscore nous ment »
Le Nutri-Score ne ment pas, mais il ne dit pas tout.
Il classe la qualité nutritionnelle d'un produit, pas son degré de transformation ni ses additifs.
Un score A ne veut pas dire aliment parfait, juste meilleur que ses concurrents du même rayon.
En détail
- Qui le dit ?
- L'allégation 'le Nutri-Score nous ment' est un slogan qui circule beaucoup en ligne, porté à la fois par des industriels dont les produits sont mal notés, par des défenseurs de produits traditionnels (fromages, charcuteries, huiles) et par des critiques de l'ultra-transformation. Le Nutri-Score, lui, a été développé par une équipe de recherche publique française (Serge Hercberg et l'équipe EREN, Inserm/INRAE) et son algorithme a été révisé en 2023 par un comité scientifique européen de sept pays. Ce n'est ni un logo commercial ni une invention d'une marque : c'est un outil académique, adopté officiellement en France, Belgique, Allemagne, Suisse, Pays-Bas, Espagne et Luxembourg. Cela ne le rend pas parfait, mais l'accusation de 'mensonge' vise un outil qui, contrairement à un discours marketing, publie publiquement son algorithme et ses critères.
- Sur quelles preuves ?
- Le corpus remonté ici ne teste pas directement l'allégation 'le Nutri-Score ment'. Ce qu'on a, ce sont des essais randomisés sur des logos nutritionnels en général (feux tricolores à Bahreïn, taxes ciblées en Arabie Saoudite, courses en ligne à Singapour), qui montrent que ce type d'étiquetage modifie modestement les achats vers des produits mieux notés : effet réel mais petit, et mesuré en supermarché virtuel, pas dans la vraie vie sur des années. Une revue systématique sur la littératie alimentaire (Frontiers in Public Health, 2026) rappelle que comprendre une information nutritionnelle dépend beaucoup du niveau de connaissance de la personne. Surtout, aucune de ces études ne mesure une mortalité ou des maladies évitées grâce au Nutri-Score : le niveau de preuve reste faible sur cet aspect. Le point de fond est ailleurs, et il est méthodologique : le Nutri-Score note uniquement des nutriments pour 100 g (sel, sucres, acides gras saturés, énergie, fibres, protéines, fruits et légumes). Il ne mesure NI le degré de transformation, NI les additifs, NI les résidus de pesticides, NI la portion réellement consommée. C'est pour ça qu'un plat industriel ultra-transformé peut décrocher un A alors qu'une huile d'olive plafonne, ou qu'un fromage est mal noté sur 100 g alors qu'on en mange 30 g. Ce n'est pas un mensonge, c'est une limite de périmètre assumée. Les recommandations officielles éclairent d'ailleurs le fond : le CSS belge 2025 conseille moins de 5 g de sel par jour et l'EFSA (2022) indique que les sucres ajoutés doivent rester aussi bas que possible, deux paramètres que le Nutri-Score intègre effectivement. Le contexte de consommation compte aussi : un score se lit à l'intérieur d'une même catégorie de produits (comparer deux céréales entre elles), pas entre une pizza et une pomme.
- Qui finance ?
- Le Nutri-Score a été développé avec des fonds publics de recherche (Inserm, INRAE, Université Sorbonne Paris Nord) et sa révision européenne a été pilotée par des agences de santé publique nationales, sans financement industriel de l'algorithme. À l'inverse, plusieurs campagnes de contestation du logo ont été portées ou soutenues par des acteurs économiques dont les produits sont pénalisés : filières de charcuterie, de fromages AOP, certains industriels de la confiserie et des boissons. C'est un fait documenté publiquement, pas une accusation : cela n'invalide pas mécaniquement leurs arguments techniques, dont certains sont recevables (la question des portions par exemple), mais cela mérite d'être su. Fait notable qui joue en faveur de la crédibilité de l'outil : la révision 2023 a durci la notation de produits populaires et rentables, y compris des jus de fruits et des céréales sucrées, donc dans un sens défavorable aux intérêts commerciaux dominants.
- Qu'est-ce qu'on te vend ?
- Le slogan 'le Nutri-Score nous ment' sert souvent à vendre deux choses opposées. D'un côté, il peut servir à défendre des produits traditionnels mal notés, en suggérant que le logo serait injuste ou idéologique. De l'autre, il alimente un marché de la peur alimentaire : applications de scan payantes ou avec abonnement, coachs nutrition, compléments, régimes 'sans additifs', livres et formations qui prospèrent en expliquant qu'aucun repère officiel n'est fiable et que toi seul ne peux pas t'en sortir sans leur outil. Dans les deux cas, ce qui est vendu c'est la méfiance envers un repère gratuit et public.
- Quels intérêts derrière ?
- Trois intérêts se croisent. Les industriels dont les produits sont notés D ou E ont un intérêt commercial direct à décrédibiliser un logo qui fait baisser les ventes, et certains ont ouvertement fait pression au niveau européen pour bloquer son adoption obligatoire. Les créateurs de contenu et applications ont un intérêt d'audience et de monétisation : 'on te ment' génère plus de clics que 'c'est un outil imparfait mais utile'. Enfin les chercheurs publics derrière l'outil ont un intérêt académique et institutionnel à sa diffusion, ce qui n'annule pas leurs données mais justifie de garder un œil critique. La position la plus honnête est celle du milieu : le Nutri-Score est un repère utile pour comparer deux produits d'un même rayon, il n'est pas un label de santé globale, et il ne remplace pas le fait de manger surtout des aliments peu transformés.
Sources
- A Randomized Intercept Survey Trial to Test the Effectiveness of Multiple Traffic Light Labels on Online Grocery Shopping Behaviors in Bahrain. · Nutrients (2026)
- The swift study: dietary profiles of night shift workers characterised by overweight and obesity. · European journal of nutrition (2026)
- The relationship between health literacy, food literacy, and dietary choices-a systematic review. · Frontiers in public health (2026)
- A Randomized Online Grocery Store Trial to Test a Salient Tiered Food and Beverage Tax in Saudi Arabia. · Value in health regional issues (2026)
- Environmental Menu Labels and Food Selection Among US Adults: A Randomized Clinical Trial. · JAMA network open (2026)