Verdict sourcé
Faux
« la créatine que je prends doit être compté dans mes protéines dans mes apports en protéines pour ne pas surcharger les reins »
Non, la créatine n'est pas une protéine et ne se compte pas dedans.
Les grandes études sérieuses ne montrent pas d'atteinte des reins chez les personnes en bonne santé.
Elle fait juste monter un marqueur sanguin, ce qui fausse la lecture du bilan rénal.
En détail
- Qui le dit ?
- La question ne vient pas d'un chercheur identifié mais d'une croyance qui circule en salle de sport. Côté science, le corpus remonté ici comprend une revue systématique avec méta-analyse publiée en 2025 dans BMC Nephrology, une revue de néphrologie spécialisée et reconnue, consacrée précisément à l'effet de la créatine sur la fonction rénale. On a aussi une méta-analyse 2026 dans Frontiers in Immunology sur l'inflammation, et un essai randomisé en double aveugle sur un an chez des patients en dialyse (Nutrients, 2024). Ce sont des sources légitimes sur le sujet.
- Sur quelles preuves ?
- Deux choses à séparer. D'abord, la créatine n'est pas une protéine : c'est un dérivé d'acides aminés stocké dans le muscle, elle n'apporte quasiment pas d'azote alimentaire utilisable et une dose classique de 3 à 5 g par jour ne pèse rien face à un apport protéique quotidien. La valeur de référence de l'EFSA (0,83 g de protéines par kg et par jour chez l'adulte en bonne santé, issue du rapport Dietary Reference Values 2012, avec des besoins plus élevés chez le sportif et la personne âgée) n'a jamais inclus la créatine dans ce calcul. Ensuite, sur les reins : la revue systématique avec méta-analyse de 2025 en néphrologie conclut que les inquiétudes viennent surtout de la hausse de la créatinine sanguine chez les utilisateurs de créatine. Or cette créatinine est le déchet normal de la dégradation de la créatine musculaire : en prendre plus en fabrique mécaniquement plus, sans que le rein filtre moins bien. Le comparateur des études (créatine contre placebo chez des personnes en bonne santé) correspond bien à la question posée. La certitude est bonne, et la taille d'effet sur la vraie fonction rénale est proche de zéro chez le sujet sain. À côté, une revue systématique de cohortes (BMC Nutrition, 2025) sur les protéines alimentaires et la maladie rénale chronique reste observationnelle : elle décrit des associations, pas une cause à effet, et n'autorise pas à extrapoler à la créatine. Nuance importante : si tu as déjà une maladie rénale connue, tout ça se discute avec ton médecin, et l'essai chez des patients dialysés (2024) explorait justement la créatine comme aide contre la fonte musculaire, pas comme danger.
- Qui finance ?
- Les études citées ne détaillent pas leur financement dans les résumés fournis, donc impossible de trancher ici. À noter que la recherche sur la créatine est un champ où l'industrie des compléments finance une partie des travaux, ce qui invite à la prudence. Mais la revue de 2025 est publiée dans une revue de néphrologie, un milieu plutôt enclin à surveiller les risques rénaux qu'à les minimiser, et l'essai chez les dialysés va dans le sens d'un usage clinique, pas d'une vente grand public. Aucun lien de causalité entre financement et conclusion ne peut être affirmé.
- Qu'est-ce qu'on te vend ?
- La croyance que tu décris ne vend rien directement, mais elle sert souvent d'argument pour des produits périphériques : compléments détox rein, protéines dites plus digestes, cures de drainage, ou coaching qui promet de gérer ta charge rénale. À l'inverse, l'industrie des compléments a intérêt à ce que la créatine soit perçue comme totalement anodine. La position raisonnable est au milieu : pas de surcharge démontrée chez le sujet sain, mais pas de blanc-seing si tu as un problème rénal.
- Quels intérêts derrière ?
- Deux forces opposées se croisent ici. D'un côté, une culture de la prudence en salle de sport qui recycle de vieilles alertes des années 90 sur les reins, entretenue par du bouche à oreille et parfois par des médecins peu à l'aise avec les compléments. De l'autre, un marché de la créatine en forte croissance qui pousse au discours rassurant. Le point pratique et neutre : préviens ton médecin ou ton labo que tu prends de la créatine avant une prise de sang, sinon ta créatinine élevée risque d'être lue à tort comme un rein en souffrance.
Sources
- Effect of creatine supplementation on kidney function: a systematic review and meta-analysis. · BMC nephrology (2025)
- Mobility and strength training with and without protein supplements for pre-frail/frail older people with low protein intake: maximising mobility and strength training (MMoST) feasibility randomised controlled trial. · BMJ open (2026)
- Effect of creatine monohydrate on motor function in children with facioscapulohumeral muscular dystrophy: A multicenter, randomized, double-blind placebo-controlled crossover trial. · Pharmacotherapy (2025)
- Meta-analysis of the efficacy and safety of Finerenone in diabetic kidney disease. · Medicine (2026)
- Dietary intake of total, animal, and plant proteins and risk of chronic kidney disease: systematic review and dose-response meta-analysis of prospective cohort studies. · BMC nutrition (2025)