Verdict sourcé
Trompeur
« Croissant fait grossir »
Non, aucun aliment seul ne fait grossir, croissant compris.
Le poids dépend de tout ton mode de vie, pas d'une viennoiserie.
Mais c'est gras et sucré : mieux vaut le garder occasionnel.
En détail
- Qui le dit ?
- Cette affirmation ne vient d'aucun auteur ni d'aucune revue identifiable, c'est une croyance de culture populaire sur les viennoiseries. Personne de légitime ne défend l'idée qu'un aliment isolé ferait grossir à lui seul. À l'inverse, l'institution qui fait autorité en France sur ce sujet, la Haute Autorité de Santé, dit exactement le contraire dans son guide de parcours de soins sur le surpoids et l'obésité de l'adulte.
- Sur quelles preuves ?
- La référence la plus solide ici est la recommandation de la Haute Autorité de Santé (janvier 2023, mise à jour février 2024), de grade convaincant, qui synthétise déjà de nombreuses grandes analyses groupées et s'aligne sur l'OMS : la prise de poids est multifactorielle, elle dépend de l'alimentation globale, de l'activité physique, du sommeil, du stress, de facteurs psychologiques et génétiques, de certains médicaments et d'un environnement qui pousse à trop manger. Aucun aliment isolé ne fait grossir à lui seul, et il n'y a pas d'aliment interdit. Aucune étude fournie ici ne teste précisément le croissant : la seule analyse groupée pertinente porte sur les aliments ultra-transformés chez les adolescents et retrouve une association avec le surpoids, mais c'est une association observée dans des populations, pas une preuve qu'un aliment cause la prise de poids, et le croissant de boulangerie n'est pas forcément un aliment ultra-transformé. Sur le contexte de consommation, ce qui compte vraiment est la matrice : un croissant apporte environ 230 à 280 calories pour 60 à 70 g, surtout du beurre et de la farine raffinée, avec très peu de fibres, donc il cale moins longtemps qu'un petit-déjeuner riche en protéines ou en fibres, et il est facile d'en manger deux sans s'en rendre compte. Un essai randomisé fourni montre d'ailleurs qu'enrichir une farine raffinée en protéines et fibres (ici de la farine de soja) aplatit la montée du sucre dans le sang après le repas, ce qui confirme que c'est la composition d'ensemble du petit-déjeuner qui joue, pas le fait de bannir un aliment.
- Qui finance ?
- Il n'y a pas d'étude financée derrière cette affirmation, donc pas de financeur à examiner. La recommandation de la Haute Autorité de Santé est produite par une autorité publique indépendante française, sans intérêt commercial dans la vente ou l'interdiction de viennoiseries. À noter que sa conclusion (aucun aliment interdit) ne va dans le sens ni de l'industrie agroalimentaire, ni des vendeurs de régimes.
- Qu'est-ce qu'on te vend ?
- Ce type de phrase sert souvent de porte d'entrée à un discours commercial : substituts de repas, petits-déjeuners protéinés vendus en poudre, applications de comptage de calories, coaching minceur ou programmes de rééducation alimentaire payants. Diaboliser un aliment simple et populaire crée une culpabilité facile à monétiser. À l'inverse, l'industrie des viennoiseries a intérêt à minimiser toute critique nutritionnelle.
- Quels intérêts derrière ?
- Derrière ce discours, il y a d'abord un intérêt économique du marché de la minceur, qui prospère sur l'idée qu'il existe des aliments coupables et des aliments magiques. Il y a aussi un biais culturel qui associe plaisir et faute, alors que la Haute Autorité de Santé insiste sur l'absence d'interdit alimentaire, notamment parce que les restrictions rigides favorisent les compulsions et l'échec à long terme. Enfin, se concentrer sur un croissant permet d'éviter de parler des causes plus lourdes et moins vendeuses : sommeil, stress, précarité, sédentarité, environnement alimentaire.
Sources
- Ultra-processed food consumption and the risk of overweight and obesity in adolescents: A systematic review and meta-analysis. · PloS one (2026)
- Total Fat and Fatty Acid Composition of Preterm Human Milk: A Systematic Review and Meta-analysis. · Advances in nutrition (Bethesda, Md.) (2026)
- Substituting Refined Flour with Soy Flour Improves Postprandial Glycemic Responses in Staple Foods Without Reducing Consumer Acceptability. · Nutrients (2026)
- Association of patient factors and health-related quality of life with weight changes during chemotherapy for colorectal cancer: secondary analysis of the SCOT trial. · Supportive care in cancer : official journal of the Multinational Association of Supportive Care in Cancer (2026)
- The impact of restricting price promotions on foods high in fat, sugar and salt on purchasing behaviours: a randomised controlled trial in a simulated online supermarket in the UK. · Public health nutrition (2026)