Verdict sourcé
Ça dépend
« Cest a cause du cortisone que je grossis »
Oui, la cortisone fait souvent prendre du poids, c'est un effet connu.
Elle ouvre l'appétit, retient l'eau et redistribue la graisse vers le ventre et le visage.
Mais elle est rarement seule en cause : sommeil, stress, maladie et activité comptent aussi.
En détail
- Qui le dit ?
- Ici, ce n'est pas une personnalité médiatique qui parle mais un ressenti personnel très répandu chez les gens traités par corticoïdes. Ce ressenti rejoint ce que disent les sociétés savantes : la prise de poids figure officiellement parmi les effets indésirables connus des corticoïdes systémiques, et c'est écrit noir sur blanc dans les notices et les rapports de pharmacovigilance. Donc la légitimité de l'intuition est bonne, ce n'est pas une croyance isolée.
- Sur quelles preuves ?
- Les preuves remontées ici sont de bon niveau sur le principe général. Une grande synthèse européenne d'allergologie (EAACI, 2026) a rassemblé les études sur les effets indésirables des corticoïdes pris par voie générale dans l'asthme et les maladies des voies respiratoires, et la prise de poids y figure parmi les effets connus, d'autant plus marqués que les cures sont répétées ou prolongées. Une autre synthèse d'essais (JAMA Network Open, 2026) range d'ailleurs explicitement les corticoïdes dans les médicaments dits favorisant la prise de poids. Attention toutefois : ces travaux portent surtout sur des traitements par comprimés ou perfusion, à doses parfois élevées et sur la durée, pas sur une crème ou une infiltration ponctuelle, où l'effet est beaucoup plus faible voire négligeable. Le mécanisme est triple : l'appétit augmente, le corps retient davantage d'eau et de sel (une partie du poids affiché sur la balance est de l'eau, pas de la graisse), et la graisse se redistribue vers le ventre, la nuque et le visage. Les données disponibles ne permettent pas de donner un chiffre fiable du type sur 100 personnes traitées, X prendront du poids, car cela varie énormément selon la molécule, la dose quotidienne et la durée. Côté officiel, la Haute Autorité de Santé rappelle dans son guide du parcours de soins surpoids et obésité (2023, mise à jour 2024) que les médicaments font partie des causes reconnues de prise de poids, mais que celle-ci reste multifactorielle : alimentation d'ensemble, activité physique, sommeil, stress, facteurs psychologiques et génétiques, environnement. Cette recommandation s'appuie sur des méta-analyses et rejoint la position de l'OMS. Autrement dit, la cortisone est un facteur réel et important, pas le seul en jeu, d'autant que la maladie qui a justifié le traitement (douleur, fatigue, immobilisation) réduit souvent l'activité physique en parallèle.
- Qui finance ?
- Les synthèses citées sont issues de sociétés savantes et de revues médicales reconnues. La méta-analyse de l'EAACI est portée par une task force d'une société scientifique européenne. L'analyse post hoc publiée dans JAMA Network Open porte sur les essais SURMOUNT, financés par un laboratoire pharmaceutique qui commercialise un traitement de l'obésité : son intérêt est plutôt de montrer que son produit reste efficace malgré les médicaments favorisant la prise de poids, ce qui n'invalide pas le constat de base mais invite à lire ces résultats avec cette grille en tête.
- Qu'est-ce qu'on te vend ?
- Dans ce type de discours, on te vend parfois des compléments détox pour éliminer la cortisone, des régimes anti-inflammatoires censés remplacer le traitement, ou des cures anti-rétention d'eau. Rien de cela ne remplace un corticoïde prescrit, et arrêter seul un traitement par corticoïdes peut être dangereux. L'étude sur la berbérine et le mûrier blanc remontée ici illustre bien ce marché de compléments, mais elle porte sur des adultes en obésité sans maladie chronique, pas sur des patients sous cortisone : elle ne répond pas à la question posée.
- Quels intérêts derrière ?
- Les intérêts en jeu sont surtout commerciaux du côté des compléments alimentaires et des programmes minceur, qui ont tout à gagner à présenter la cortisone comme une fatalité qu'eux seuls sauraient corriger. À l'inverse, il existe un intérêt médical légitime à bien informer sur cet effet indésirable, pour que les gens n'arrêtent pas leur traitement en cachette. Le bon réflexe est d'en parler à ton médecin ou ton pharmacien : la dose peut parfois être ajustée, et un suivi sur le sel, les protéines et l'activité physique aide à limiter la prise de poids sans toucher au traitement.
Sources
- Metabolic Effects of Modified-Release Hydrocortisone Versus Short Acting Conventional Oral Glucocorticoids in Adrenal Insufficiency: A Systematic Review and Meta-Analysis. · Clinical endocrinology (2026)
- Effects of Berberine, White Mulberry Leaf Extract and Chromium Picolinate on Body Composition and Insulin Resistance in Adults with Obesity: A Randomized Controlled Trial. · Nutrients (2026)
- Meta-analysis of clinical trials assessing the safety of pharmacological treatments for muscular degeneration in Duchenne muscular dystrophy. · BMC pharmacology & toxicology (2026)
- Effect of Time-Restricted Eating on Metabolic Adaptation in Adults With Severe Obesity During Early Phase of Weight Loss. · Journal of human nutrition and dietetics : the official journal of the British Dietetic Association (2026)
- Meta-Analysis on the Harm of Systemic Glucocorticosteroids in Inflammatory Upper Airway Disease and Asthma: An EAACI Task Force. · Allergy (2026)